Choix illusoire, suite et arme contre la manipulation

Décryptage du choix illusoire, de ses implications et arme anti-manipulation

Dans l’article précédent sur le choix illusoire, comment faire croire à quelqu’un qu’il choisit librement alors qu’il est manipulé, nous avons vu plusieurs exemples.

En ayant connaissance de la règle d’or, vous ne devriez plus pouvoir tomber dans ce piège.

La règle d’or pour rappel : Avoir le choix commence à partir de trois options.

Pour comprendre les subtilités et les techniques que je décrypte dans cette seconde partie, je vous suggère de lire l’article précédent qui explique la différence entre une obligation, une alternative et avoir le choix. Dans ce mini cours de PNL, je termine en vous proposant de décrypter la manipulation qui se cache derrière cette question. Vous allez constater que cette question est machiavélique. Quoi que vous répondiez, vous êtes foutu ! Tous les mots sont des appâts et la question en elle-même est un piège dans lequel on fonce tête baissée.

Finalement, vous préférez être libre ou être heureux ?

1er cas : la manipulation à pour but de transformer une alternative en une obligation.

Vous pourriez être tenté de répondre : je n’ai pas à choisir ( à trier) entre la liberté et le bonheur, je fais le choix des deux (je prends une décision). Être libre ET être heureux.

Faites pas cela parce que voilà ce qui va se passer ! 

Vous aviez une alternative (liberté ou bonheur) à votre disposition que vous venez de transformer en une obligation.

Désormais, vous n’avez plus d’alternance possible puisque vous avez décidé d’être libre ET heureux. Vous n’avez donc plus qu’une seule option devant vous, et une seule option = une obligation pour votre cerveau. Dans votre esprit, vous vous êtes désormais à condamner à être libre et être heureux.

Quel mal il y a t-il à cela, vous dites-vous ?

Aucun, si vous aimez vous mettre des chaines aux pieds. Vous venez de mettre la barre super haute : être libre et être heureux. Mais dans la vie on passe par tous les états : la joie, la tristesse, la déception, le deuil, les coups de blues, les obligations, les frustrations, le devoir, etc. Avec cette nouvelle obligation dans l’esprit, vous n’avez pas fini de vous culpabiliser de ne pas être ce que vous aviez décidé. (lien vers une petite étude sociologique pour les sceptiques)

Vous n’avez pas tenu compte de la règle d’or et n’avez pas ajouté une option à l’alternative qui vous était proposée. Pour avoir vraiment le choix, il vous faut trois options minimum. Ainsi votre esprit ne se fige pas. Pour stopper ce processus du choix illusoire, il faut toujours ajouter une option au minimum qui n’est pas suggéré dans la question.

« Je choisis d’être libre et heureux et …… (responsable, fraternel, bienveillant, courageux, etc.) ou bien « Je choisis d’être libre y compris d’être heureux ou pas » ou encore plus simple avec l’arme anti-manipulation, comme vous verrez à la fin.

Ajoutez toujours une option (règle d’or) 

Si vous comprenez l’intérêt d’ajouter une option supplémentaire, vous venez de passer le premier piège du choix illusoire et de revenir dans un monde à choix multiples. Bravo, c’est-à-dire, que votre esprit ne fonctionne plus en mode binaire, mais en choix multiples. Vous pouvez être heureux et être libre et n’importe quoi d’autre que vous allez décider au fur et à mesure.

Pourtant cela ne veut pas dire que vous êtes sorti d’affaires. Car vous n’avez pas résolu le problème du double lien, le postulat de départ. (voir les exemple avec le serveur ou le parent dans l’article précedent).

Les règles de base d’une bonne manipulation

Toute dictature ou tyrannie domestique qui ne s’impose pas par la violence commence ainsi.

1ère règle : utiliser des mots positifs qui veulent tout dire et dont personne n’a la même définition. (des généralités : ex l’amour. )

Pour que le piège ne puisse se détecter, il faut employer des mots à connotation positive et impossibles à exclure de sa vie ou de son expérience personnelle. Si je dis : finalement, vous préférez la vanille ou le chocolat, vous aurez spontanément envie de répondre à cette question même si vous préférez largement la fraise.

2eme règle : principe du double lien. Poser une question avec des mots universels et positifs sur un postulat de départ que personne n’aura pas le réflexe de remettre en question.

Le choix des mots n’est jamais anodin lorsqu’il s’agit de manipulation

Finalement, vous préférez être libre ou être heureux ?

2nd cas : la manipulation a pour but de vous faire renoncer volontairement à un acquis.

Finalement, le mot est lâché sans aucune référence extérieure ni contexte. Finalement, par rapport à quoi ? À la situation actuelle en France, à l’Arabie Saoudite, aux esclaves philippins ?

Ce mot nous prive de perspective et de contexte pour ne prendre en compte que nos émotions immédiates. Nous priver de réflexion. « Finalement » implique de mettre un terme à toute analyse et en finir définitivement.  Circulez, y a plus rien à voir. Les jeux sont faits. La dynamique est lancée, le postulat de départ est entériné. Reste plus qu’à attendre le résultat….

Vous préférez…

Ce verbe implique qu’une valeur vaudrait mieux que l’autre ou que l’on aimerait plus une que l’autre. Employer ce terme est particulièrement vicieux lorsqu’il s’agit de valeurs universelles et fondamentales. Pourtant, on ne se méfie pas de ce verbe, car il nous demande d’exprimer une opinion et tout le monde aime exprimer « librement » son opinion. Le piège se referme sur nous. En deux mots, « finalement » et préférez-vous » on nous demande d’exprimer une préférence définitive.

Cela n’a aucune conséquence si la préférence porte sur la vanille ou le chocolat, Apple ou Samsung (quoi que …), mais cela devient dangereux dès lors que la préférence s’exerce sur des valeurs universelles.

Être libre ou être heureux ?

On devrait s’insurger face à cette opposition si on prend le temps de réfléchir. La liberté et la possibilité d’être heureux ne sont pas des préférences à avoir, mais des droits fondamentaux et inaliénables. Au-delà du droit, c’est dans la nature de l’homme de naître libre et sa vocation de faire son bonheur ou celui des autres.

Préférez une condition fondamentale à une autre, c’est amoindrir une des conditions préalables à la nature de l’homme. Le simple fait de répondre à ce genre de question présuppose que l’on oublie la nature intrinsèque de la dignité humaine. Et c’est le but de cette question en choix illusoire. Faire oublier qu’il s’agit d’acquis et de droits naturels pour laisser entendre que la liberté et le bonheur sont de simples options facultatives dans la vie d’un être humain.

Choisir  librement ses chaines

La liberté, le bonheur, la santé, le droit, la justice, l’emploi, l’argent, la sécurité, l’éducation, l’instruction, etc, ne sont pas des options, mais des conditions liées au progrès de toute l’humanité.

Et rien de plus facile pour nous manipuler que de nous faire croire qu’il s’agit d’un choix individuel au lieu des conditions préalables à n’importe quel mode de vie en société organisée.

Toutes les tyrannies d’État, commerciales ou domestiques commencent en réduisant les libertés et les choix. Le principe de cette technique s’appelle l’illusion du choix ou le choix illusoire, il a pour finalité de faire croire que l’on a choisi librement ses chaînes.

Impossible de lutter sans prendre du temps pour réfléchir

Finalement (péremptoire, n’est-ce pas ?), comment se défendre si on ne détecte pas tous les pièges ?

À ce niveau de manipulation (postulat de départ figé et erroné, choix précis des mots et des verbes) vous n’êtes pas en face d’un amateur ou du hasard. Il y a forcément un enjeu derrière que vous ne pouvez pas détecter.

Alors, petite magouille domestique, manipulation commerciale ou d’État, la meilleure solution, n’est pas de lutter contre le manipulateur, mais de lui couper l’herbe sous le pied.

L’option de ne pas choisir.

Quand j’ai commencé à pratiquer l’hypnose, on s’entraînait pendant les cours, à pratiquer le choix illusoire, les uns sur les autres. À force d’analyser les phrases pour savoir si on était manipulé ou si c’était une vraie question sincère, on devenait complètement paranoïaques. « Tu préfères t’asseoir là ou là ? » Dans le doute, on répondait « Non ça va, je vais rester debout ! » Mais il y a moins contraignant que l’esprit de contradiction comme solution.

Vous avez aussi la possibilité de ne pas choisir. Car ne pas choisir volontairement, c’est une option comme une autre. Si vous ajoutez le non-choix de façon consciente, vous passez d’une alternative à un choix multiple.

L’arme anti-manipulation

Ne répondez jamais du tac au tac si vous n’avez pas en tête une 3eme option. « Je ne sais pas » ou  » je ne choisis pas pour l’instant » sont des options supplémentaires.

Le meilleur conseil que je puisse vous donner, si vous sentez que l’on vous force la main, c’est de vous offrir la possibilité de ne pas choisir. Face à une alternative, dans le doute,  je réponds systématiquement :

« Je ne sais pas/ faut voir » pour me laisser le temps de réfléchir à une autre option et j’ajoute « ou alors….  » dès que j’ai trouvé un truc à ajouter : la troisième option.

Petit exemple domestique.

« Tu as envie d’aller faire les courses ce soir ou demain ? » Moi qui n’aime pas qu’on présuppose que j’ai envie d’aller faire les courses : « Je sais pas… ou alors….. tu n’as qu’a y aller, toi ! »

Autre exemple : « Tu ranges ta chambre avant ou après avoir fait tes devoirs ? » Réponse de l’intéressé s’il a lu l’article : «  Euh, j’sais pas ….ou alors… je vais simplement dans ma chambre ! »

Le « J’sais pas… ou alors… » vous laisse le temps de la réflexion et peut vous sortir de n’importe quel choix illusoire.

Vous êtes, désormais, en mesure de comprendre et au plus haut niveau la manipulation qui se cache derrière la technique du choix illusoire.

Finalement, vous préférez partager et vous abonner au blog ou vous laissez un petit commentaire tout en likant l’article ?  🙂

Marjorie

Marjorie Moulineuf

4 réactions au sujet de « Choix illusoire, suite et arme contre la manipulation »

  • Le Grumpy Cat

    Les choix illusoires me rappellent le fameux sondage de la personnalité préférée des français chaque année, liste qui contient une selection prédéfinit. On a pas vraiment le choix en fait 🙂

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    • Marjorie Moulineuf

      Merci mon Grumpy Cat. Oui, c’est le principe de la manipulation. Contenir les possibilités en orientant les résultats. Dès l’instant que les questions ne sont pas ouvertes, on oriente les choix. Dans les sondages, lorsqu’ils sont impartiaux, il y a l’option « autre » pour laisser le sentiment de liberté d’expression. Cela ne veut pas dire que les instituts de sondage en tiendront compte 🙂

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  • Sandro

    Bonsoir Marjorie, quelle productivité en ce moment, c’est chouette !
    Cette phrase sous-entend aussi l’idée que pour être heureux, il faudrait renoncer à être libre. C’est vraiment tordu comme question. Par contre je n’avais pas capté la conséquence de restreindre encore plus le choix en choisissant les deux, c’est subtil. Merci pour tes explications 🙂
    C’est fou comme on peut se restreindre nous-mêmes, ou se laisser avoir, en se plaçant dans un mauvais état d’esprit. Toujours chercher une autre option, ça me plaît beaucoup. Et ça fait marcher les méninges au lieu de choisir la facilité.

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    • Marjorie Moulineuf

      Merci Sandro
      Oui, j’admets que cette phrase est particulièrement tordue mais ce genre de questionnement tu le retrouves partout en politique, dans le commerce et même en développement personnel. On voit les mots comme des outils (moyen)pour communiquer. Ce que l’on ne se rend pas compte c’est qu’ils sont aussi la finalité. Ils sont la matière qui donnent vie à nos pensées, nos états d’esprit et donc à nos comportements. Sans les mots et le sens que l’on y attache, notre univers intérieur se limiterait à nos sensations.
      Plus on ajoute de mots (donc d’options) plus notre interprétation du monde s’agrandit au delà de nos ressentis.
      A l’inverse, plus on limite les mots ou le sens des mots, plus on s’enferme dans nos sensations/émotions pour interpréter le monde. Effectivement, on peut vite tomber dans la facilité si on ne se remet pas en question.
      L’art de la poésie ou de la littérature (tu le sais bien en tant qu’auteur) est de trouver le plus de mots et de concepts possibles pour exprimer, partager et rendre tangibles d’autres interprétations du monde.
      L’art de la manipulation est de vider les mots et les concepts de leur substance pour limiter les possibilités d’interprétation du monde.
      La PNL fonctionne bien en thérapie et dev perso, car le but est de redonner du sens et une direction aux mots que l’on a dans la tête 🙂

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