Astuce pour créer des images mentales dans l’esprit d’un lecteur

La brouette imaginaire pour des images mentales fortes

Les images mentales sont très puissantes pour retenir des concepts ou des idées.

Pour maîtriser le langage d’influence, on va détailler une technique que l’on utilise en psychothérapie pour nommer les choses et leur donner du sens. Cette technique de PNL très simple à utiliser permet de créer dans l’esprit des images mentales qui se retiennent bien plus facilement et qui impactent la mémoire.

Nous avons tendance à généraliser les choses et par conséquent à les rendre abstraites. Plus vous êtes flou moins le lecteur peut retenir une idée, car sans image mentale, l’idée se dilue dans l’esprit.

Associer un mot à une image rend l’idée concrète et permet de faire passer des émotions plus facilement.

Dans le langage courant, pour renforcer un effet et crée une représentation d’un mot, on va dire d’un menteur « comme un arracheur de dents ». Immédiatement, sans avoir besoin de préciser les intentions, l’esprit l’associe le menteur à un bonimenteur parce que l’on sait tous intuitivement qu’il y aura tromperie. Cela ne peut jamais être agréable de se faire arracher les dents.

Selon votre contexte pour évoquer un gros baratineur, vous pourriez dire « menteur comme un ministre des finances sur son patrimoine »

En tant qu’auteur vous avez bien sûr envie d’être original et d’éviter les expressions toutes faites et les lieux communs. Mais ce n’est parfois pas évident d’être surprenant et de se faire comprendre par un maximum de personnes.

Pour retenir des concepts, il faut leur donner une existence physique, les comparer à des choses existantes. Il existe un test pour savoir si vos mots créent des images mentales dans la tête d’un lecteur.

Le test de la brouette imaginaire.

Si votre idée rentre dans une brouette alors vous avez crée une image mentale derrière un mot.

Les noms communs figent une idée contrairement aux verbes d’action qui la dynamisent et la précisent.

Par exemple si je vous dis : « pour provoquer des images mentales, il faut faire un effort de communication »

Je ne sais pas pour vous, mais déjà ça plombe le moral car le mot communication englobe tellement de choses et de moyens différents que l’esprit est incapable de se faire une représentation visuelle.

La « com », pour la plupart des gens, c’est un gros truc que l’on ne sait pas par quel bout prendre tellement c’est abstrait.

Pouvez-vous spontanément mettre des images derrière les mots «  communication », « beauté », « justice », «bonheur », « amour » ?

C’est impossible car c’est trop flou, trop vague pour se faire une représentation et provoquer un impact dans l’esprit.

Pour mettre la communication et tout le reste dans une brouette, il va falloir faire des transformations dans l’idée de départ.

Le principe est de transformer une abstraction en quelque chose de concret, palpable, visible et de préférence que tout le monde comprend. Associer des mots à des images.

L’astuce qui va vous faire économiser des heures de réflexion ! Pour transformer un concept en représentations mentales, il vous faudra procéder en cinq étapes :

  1. Transformer le mot en verbe d’action

  2. Posez-vous une ou deux questions à propos de ce verbe. Qui et comment.

  3. Trouvez une ou plusieurs réponses à ces questions.

  4. Répondre à la question : est-ce que je peux le mettre dans une brouette ?

  5. Écrire votre représentation de ce concept.

Exemples d’utilisation de la brouette imaginaire. Vous souhaitez dire quelque chose de ce genre mais vous ne trouvez pas les mots pour rendre ce sentiment et les émotions qui vont avec.

« Le protagoniste éprouvait le besoin que justice soit rendue.»

  1. Transformez « Justice » trop globale, trop floue en verbe d’action. Chacun se fait une idée de la justice, si vous voulez évoquer une représentation mentale, vous devez préciser ce que le protagoniste conçoit derrière le mot « justice »

Ici on peut transformer « justice » en verbe « juger »

  1. Se poser deux questions à propos de ce verbe

Qui juge  et comment fait-on pour juger ?

  1. Trouvez une réponse qui corresponde à votre propre représentation mentale d’une justice rendue et bien sûr selon le contexte de votre histoire.

Par exemple, je m’imagine un juge avec une robe noire et une perruque blanche sur la tête comme dans un tribunal anglais. Le juge faisant claquer son marteau après le verdict. Si vous écrivez un western transposez la situation : le fermier qui accroche une étoile de shérif à sa veste pour courir après les méchants qui ont tué sa très belle et innocente femme. Si vous écrivez sur la mafia qui juge et rend les verdicts ? Pour un parrain rendre justice serait peut-être d’ordonner de faire creuser les tombes des taupes infiltrées dans leur organisation criminelle dès qu’elles auront été démasquées ? Vous devez adapter l’image à votre histoire et à votre cadre.

Astuces rien que pour vous : faites attention aux anachronismes dans les expressions. Cela paraît évident pourtant on en lit pas mal dans les romans de genres. Des images ou des situations obsolètes ou pas encore inventées dans le contexte de l’histoire.

  1. Est ce que le juge et son marteau, un parrain, un shérif rentrent dans une brouette ?

Oui ! On peut donc reprendre le texte avec une image derrière le mot justice

« Il avait besoin que justice soit rendue »

=>

« Il avait besoin d’entendre prononcer un verdict sans appel et de voir claquer le marteau de la justice dans une salle de tribunal »

«  La mort de sa femme ne resterait pas impunie, John Wildwest se le promit. Grâce à l’étoile accrochée à son veston, il traquerait sans fin, ces infâmes hors la loi. »

« Elle avait trouvé le grand amour »

C’est sur que si vous écrivez ce genre de banalités, vous aurez beaucoup de mal à marquer les esprits. Mettons le « grand amour » dans une brouette !

  1. Verbe d’action = aimer

  2. Qui aime qui ? Comment montrer que l’on aime ?

  3. Par exemple, je m’imagine une Juliette prête à se faire passer pour morte afin de rester fidèle à son Roméo.

  4. Je peux mettre mes « Roméo et Juliette » dans une brouette imaginaire !

« Elle avait trouvé le grand amour »

=>

« À l’instar de Juliette, désormais, elle aurait préféré disparaître plutôt que de renoncer à aimer celui qui occupait toute la place dans son cœur et ses pensées. »

Exemple avec le mot « Beauté »

« Je m’arrêtais stupéfait devant sa rare beauté » Phrase qui ne veut absolument rien dire, sauf pour celui qui l’a écrite.

  1. Verbe = être beau

  2. Qui est beau  et rare ? Comment fait-on pour être beau ?

  3. Par exemple, je me représente un magnifique écrin contenant gros diamant parfaitement taillé et renvoyant la lumière au point de m’éblouir. J’aurais pu prendre l’exemple d’un tableau, d’un arbre millénaire, d’une fleur délicate, etc.

  4. Oui, c’est concret un diamant. Et d’ailleurs, cela irait bien mieux sur un joli pendentif que dans une brouette !

« Je m’arrêtais stupéfait devant sa rare beauté »

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« Je m’arrêtais stupéfait comme si mes yeux étaient attirés par l’éclat d’un diamant le plus pur et éblouissant jamais exposé. Quel bonheur pour un homme de contempler une telle merveille.  »

La brouette imaginaire est une technique de coaching

En coaching, on utilise cette technique pour rendre concrets des objectifs. Si on ne peut pas visualiser un objectif, il sera impossible de l’atteindre.

Par exemple : « je veux être riche » n’est pas assez concret et précis pour devenir réaliste. Le coach va donc transformer une idée vague en un objectif concret, qu’il divisera en étapes avec des stratégies. Ça veut dire quoi être riche ? Nager dans les billets comme Picsou ou recevoir son relevé de comptes avec un solde positif à cinq, six ou sept chiffres ? L’image que l’on se fait de la richesse doit nous apporter suffisamment d’émotions pour nous permettre de passer à l’action.

En coaching et en PNL en général, on s’applique à rendre des concepts et des idées générales plus concrètes, facilement mémorisables et provoquant des émotions satisfaisantes.

« Pour provoquer des images mentales, il faut faire un effort de communication »

  1. Verbe : communiquer

  2. Qui communique et comment fait-on pour communiquer ?

  3. Je m’imagine un auteur cherchant des images mentales et notant sur un petit carnet pour transformer des mots en une expérience riche et agréable, grâce à cinq étapes.

  4. Mon auteur, son ordinateur et son petit carnet rentrent parfaitement dans ma brouette imaginaire.

« Il faut faire un effort de communication pour provoquer des images mentales »

=>

« Un auteur fait l’effort de transformer des mots abstraits en verbe, de laisser son imagination galoper puis d’écrire avec fougue et sensibilité afin de provoquer des images mentales et des émotions dans l’esprit de son lecteur adoré. »

Pas d’affect sans représentation mentale

Cherchez bien dans votre mémoire et vous constaterez que les livres qui vous ont marqués sont ceux dont vous avez une représentation mentale encore vivante dans votre esprit. Grâce à ses images que vous avez dans la tête, vous éprouvez encore des émotions en y repensant.

Les histoires pour lesquelles vous n’avez pas ou plus d’images mentales ont sombré dans les tréfonds de votre mémoire.

Vous êtes désormais capable de créer des images mentales derrière n’importe quels mots ou concepts. Vous connaissez l’astuce qui vous fera gagner bien du temps.

Vous prenez une idée vague que vous découpez en petits éléments concrets qui rentrent dans une brouette imaginaire. Par sa nature tout peut être contenu dans une brouette imaginaire, il suffit simplement de changer l’échelle. Puis vous rassemblez le tout selon le contexte avec votre plume, votre style et votre sensibilité.

Si en plus vous utilisez des symboles universels ou des archétypes (comme Juliette ou Iseult pour représenter l’amour absolu par exemple) vous êtes certain de provoquer une image mentale compréhensible par tous.

Rendez vos textes inoubliables

Pour écrire un texte universel, capable d’être traduit facilement en plusieurs langues et dans n’importe quelle culture, attention à la « private joke » ou l’image trop contextuelle.

Dans l’exemple du début, d’un menteur comme un ministre des finances sur son patrimoine, cela peut être drôle selon le contexte. Mais pour ceux qui ne connaissent pas le scandale éhonté de l’affaire Cahusac, ils ne peuvent comprendre à quoi je fais référence sans connaissance de notre classe politique. Ailleurs qu’en France, cette image est sans aucune valeur ajoutée. Dans 2/3 ans plus personne ne se souviendra de l’affaire Cahusac. Un scandale chassant l’autre. Les baratineurs n’ayant de cesse de nous surprendre dans l’art de la tromperie.

Si vous souhaitez que vos écrits survivent à travers le temps sans être démodés ou devenir incompréhensibles en dehors d’un contexte particulier, vous devrez utiliser des images universelles. C’est à dire liées à la nature des choses ou au patrimoine commun.

Pour des images universelles et à fortes valeur ajoutée, n’hésitez pas à piocher dans les archétypes de la nature humaine, la mythologie, l’Histoire, le patrimoine naturel, la culture populaire ou classique, le bon sens, la science, la Nature, les animaux, les plantes, etc.

Vous devez connaître le public à qui vous vous adressez pour construire vos images. Vous pouvez être très circonstanciel, très contemporain ou au contraire très généraliste. C’est un choix que vous avez fait au départ. Mais dans tous les cas, dans un souci de cohérence, vous devez respecter les codes du genre dans lequel vous avez choisi de vous exprimer. Sinon vous ne ferez que créer de la confusion dans l’esprit d’un lecteur ou rendre vos textes désuets en quelques années.

Les chefs-d’œuvre, les classiques traversent le temps car les images proposées et les émotions qui en découlent sont universelles et intemporelles.

En choisissant bien le contenu de votre brouette imaginaire, vous parviendrez à faire passer exactement les émotions que vous voulez, dans le contexte que vous souhaitez.

La difficulté étant de trouver le juste milieu pour un auteur.

Laisser suffisamment de place à l’imaginaire du lecteur pour ne pas imposer systématiquement vos propres représentations mentales, tout en provoquant des émotions et des images mémorisables.

C’est ce que parviennent à faire les plus grands romanciers. Imprimer dans notre esprit des images mentales et des émotions fortes grâce à leurs mots tout en nous laissant assez de liberté d’interprétation.

On ne peut pas tout écrire et décrire en images car un auteur doit aussi laisser de la place à la suggestion et à l’imagination du lecteur. Cela sera l’objet d’un autre article : comment suggérer et orienter les choses sans jamais les nommer. On détaillera ensemble des techniques d’hypnose pour comprendre les processus mentaux qui se mettent en place.

Dans tous les cas suggestions hypnotiques ou représentations mentales, l’idée principale est d’impacter la mémoire et de créer des émotions dans l’esprit d’un lecteur.

Voilà, voilà.

C’était la rubrique PNL : devenez maître dans l’art du langage d’influence.

A bientôt.

Marjorie Moulineuf

Auteure, thérapeute et coach, Marjorie accompagne les auteurs aussi bien sur l'aspect technique que sur la motivation.
Spécialiste de la PNL et de l'hypnose, elle partage sur ce blog des astuces et des conseils pour faire de son roman, un livre inoubliable et captivant.

11 thoughts on “Astuce pour créer des images mentales dans l’esprit d’un lecteur”

  1. 2 articles en une semaine, bien 🙂

    J’aime beaucoup la technique de la brouette (ca a l’air bizarre dit comme ca 🙂 ), c’est un genre de théorème pour auteur !

    « de petits chatons tous mignons et innocents »
    => mignons peut-être, innocents jamais.

    1. Mais si des petits chatons tous mignons cela rend tout le monde heureux, c’est obligé !
      oui c’est une technique super facile et pratique à appliquer.
      Merci mon Grumpy Cat

  2. Excellent article Marjorie. J’adore tes exemples très concrets et je comprends que l’histoire de la brouette permet de créer des images dont le lecteur se souvient. Bravo à toi pour cette technique de la brouette que tu nous partages.

    1. Hello Danny
      oui tu vas voir si tu l’utilises, c’est vraiment efficace pour vulgariser une notion, rendre accessibles des concepts complexes. Bref, c’est de la PNL donc c’est top ! Je suis pas toujours objective, j’aime trop cela 🙂
      Merci pour ton commentaire.

  3. Bon, voilà une super découverte pour moi.
    Encore un nouvel outil pour auteur !
    Alors si j’ai bien compris le concept, ça donnerait : le mot abstrait « chaleur », dans une phrase de base genre « elle avait très chaud », pourrait être visualisé ainsi : « Elle se sentit comme une touriste qui bronze à la plage sous le soleil de midi. »
    Est-ce que c’est juste ?

    1. Hello Marjorie
      oui c’est un super outil !!! Plus facile que la spirale dynamique 🙂
      Impec ! Si l’image colle avec ce que tu es en train d’écrire.
      si tu voulais évoquer une grosse chaleur tu aurais pu utiliser les verbes cuire et rôtir par exemple. « Elle se sentit cuire comme une touriste qui rôtit à la plage sous le soleil de midi ». Dès que tu rajoutes un verbe d’action cela donne plus de puissance à ton image.
      Par exemple pour évoquer la chaleur de la serre dans « Voilà ce qui va se passer » et dire qu’elle avait très chaud, j’ai écrit un truc du genre. « Elisabeth Parker transpirait sous son grand manteau rouge comme une sardine coincée au dessus d’une grille de barbecue. »
      Il ne faut pas sauter l’étape du verbe car au commencent était le verbe. lol. Je plaisante mais les verbes donnent le mouvement contrairement aux noms communs qui restent figés.

    1. Merci Stéphane
      Et oui j’applique ce que j’explique en règle générale 🙂
      J’aime parler en images mais peut-être est-ce une déformation professionnelle de mon boulot de thérapeute et de PNListe !

  4. Ping :10 minutes pour écrire une histoire grâce à la modélisation

  5. Cet article est un morceau de fromage pour la souris que je suis, du coup je poste furtivement :

    Merci de nous rappeler qu’écrire est avant tout produire des images, qui à leur tour produiront des émotions ! 🙂

    À bientôt !

    1. Merci Sophie
      Alors l’image mentale qui me vient maintenant que tu as parlé de souris. Tu es dans ma représentation mentale : Jerry (de Tom et Jerry) une souris bougrement intelligente, au grand cœur mais pas toujours politiquement correct 🙂 (et ça j’adore)
      Oui, les images mentales et les émotions sont bien plus puissantes que des pages entières de discours ! Surtout de nos jours où tout va très vite et où nous sommes submergés d’informations.

Ajoutez votre grain de sel, pour encore plus de saveur !